La vie de ceux qui nous sauvent


Présentez-vous

Je m’appelle Maena Stark et j’ai 18 ans. Après avoir obtenu mon baccalauréat littéraire mention Bien. J’ai décidé d’entreprendre une année sabbatique afin de passer mon permis et de terminer mes formations de sapeur-pompier volontaire.

Je suis actuellement pompier seconde classe à la caserne de Fontenay-Trésigny en Seine et Marne. L’année prochaine, je vais muter à la caserne de Strasbourg car je compte m’installer définitivement  en Alsace avec mon chéri.

Comment est venu l’idée de vouloir devenir sapeur-pompier ?

J’ai toujours voulu travailler dans l’aide à la personne de manière générale.

J’ai eu l’idée de la gendarmerie, de la psychologie et du sauveteur en montagne; puis j’ai pensé aux pompiers mais j’avais peur de ne jamais réussir car personne n’est pompier dans ma famille, je suis la première !

On peut donc dire que j’ai suivie mes envies !

Quel est rôle d’un sapeur-pompier ?

Le rôle d’un sapeur-pompier est très vaste aujourd’hui : dans les textes, il est l’un des maillons de la chaîne de secours.

En ce qui concerne le secours à la personne, il arrive en premier sur les lieux et doit écarter tout danger ainsi que toute détresse vitale potentielle ou déjà existante sur la victime, que ce soit une détresse physique ou psychologique.

Il transporte également celle-ci vers les urgences les plus proches et s’assure d’arriver par les voies les plus rapides. En ce qui concerne l’incendie, il protège les lieux, sauve les victimes, éteint le feu, surveille que celui-ci ne reprend pas.

Il doit s’adapter en permanence aux situations auxquelles il fait face, tout ce qui est écrit dans les textes n’est qu’une petite partie du travail.

Comment peut-on devenir sapeur-pompier ?

Pour devenir sapeur-pompier en Seine et Marne, vous devez passer des test sportifs; pour ma part c’était une journée d’immersion (ce n’est pas le cas partout), il faut passer en comité de centre où vous êtes interrogé(e) par plusieurs pompiers et le chef de centre, si vous êtes pris(e) vous faites une visite médicale et vous passez une journée de formation PSC1.

(Les modalités d’inscriptions ne sont pas les mêmes dans tous les départements et les pompiers militaires ont encore d’autres modalités)

Combien de temps dure la formation ?


En Seine et Marne (là aussi, ce n’est pas pareil en fonction du département), on passe 2 semaines de formations SUAP (Secours d’Urgence Aux Personnes) et 2 semaines de formation incendie séparées en deux parties. Toutes ces formations ne se suivent pas, cela fait 1 an et demi que je suis sapeur pompier volontaire et à cause de la COVID 19  je n’ai pas encore passé la partie 2 incendie.

Es-tu rémunérée ?

Nous sommes rémunéré(es) en fonction du nombre de garde et d’intervention. Je peux donc gagner 600 euros en un mois et 50 euros le mois d’après.

Il faut savoir que nous ne sommes pas rémunéré(e)s avant de passer le SUAP, nous sommes totalement bénévoles.

Quel est ton emploi du temps ?


Mon emploi du temps varie en fonction de ma vie personnelle et étudiante, cette année, j’ai pu faire pas mal de gardes ce qui ne sera pas le cas l’année prochaine.

Une journée de travail s’appelle une « garde ».

Les casernes demandent généralement un quota d’heure par mois pour veiller au bon roulement de la caserne et éviter les sous-effectifs. Ce quota dépend des casernes, il est logique que dans une petite caserne avec de petits effectifs on en demande plus, car nous sommes vite en sous-effectif.

Une garde dure soit 12h soit 24h, vous commencez à 7h et finissez à 19h ou 7h le lendemain matin (personnellement, je me lève à 5h30 si je fais une journée). À savoir que vous ne partez pas toujours à 19h, car vous pouvez être en intervention et donc rentrer chez vous à 22h.

La vie en caserne est rythmée, un rassemblement le matin et un l’après-midi en semaine. Il faut vérifier le matériel de chaque engin, il  faut faire du sport, s’entraîner, nettoyer les locaux , sortir les poubelles, nettoyer la cuisine etc…

C’est une vraie vie en communauté avec nos collègues, il y a des chambres, des salles de sport, une cuisine équipée, une salle télé…

Quelle est votre préparation ?

Pour une mission de base, nous sommes en tenu F1, c’est la tenue réglementaire du pompier. Elle est composée d’une chemise F1, un pantalon, une veste F1. Pour l’incendie, nous mettons un surpantalon et une veste de feu.

Nous avons un « bip » que nous gardons constamment avec nous et il sonne lorsque quelqu’un a besoin de nous, jour et nuit.

Pour les outils, tout est dans l’engin avec lequel nous partons. Une fiche est faxée et emmenée en intervention, elle résume en un ou deux mots ce qu’il se passe.

Quels sont les enjeux du métier ?

Nous faisons face à des situations plus ou moins compliquées au quotidien. Cela dépend de tellement de paramètres ! Notre fatigue, la détresse de la victime, ce que l’intervention peut faire raisonner en nous.

L’enjeu pendant une intervention est de rester le plus calme possible, de laisser sa vie personnelle de côté pour être le plus efficace auprès de la victime.

Nous apprenons à leur parler notamment quand le motif de l’intervention est lié au psychique. Faire preuve de suffisamment d’empathie pour comprendre les besoins de la victime, mais ne pas laisser ses émotions prendre le dessus. N’oublions jamais que nous sommes une équipe : si ça ne va pas, on communique (besoins d’eau, besoins de sortir, sentiment de mal-être…) l’enjeu pour un sapeur-pompier va au-delà de ses missions en caserne : il doit avoir la vie la plus saine et équilibrée possible pour faire face aux missions. Le sport, la nutrition, le psychique, la vie personnelle…

Un pompier a le droit de ne pas être en forme, a le droit d’être fatigué(e), a le droit psychologiquement de ne pas tenir. Il y a des cellules spécialisées afin de nous prendre en charge en cas de traumatisme lié à une intervention, ou si l’on pense que notre vie personnelle ne nous permet pas, à un moment donné, de mener nos missions à bien. La confiance est primordiale, bien que l’on ne s’entend pas avec tout le monde, car nous travaillons en équipe.

Quels sont les gestes de secours à savoir ?

Pour les gestes de secours, rien ne vaut le visuel, mais je peux toujours vous proposer quelques conseils :


1) Une personne qui s’étouffe :  incitez-la seulement à tousser et prévenez les secours éventuellement. Si elle n’émet aucun son, c’est que le corps étranger a entièrement obstrué ses voies aériennes. Dans ce cas : prévenez les secours, puis penchez légèrement la victime en avant et frappez 5 fois entre les deux homoplates. Si l’objet ne sort pas, procédez à la méthode heimlich (voir youtube). Recommencez tour à tour ces deux méthodes jusqu’à ce que l’objet sorte.


2) Une personne qui saigne abondamment : prenez un tissue ou ce qui vous passe sous la main de propre et appuyez très fort pour arrêter les saignements. Prévenez les secours. S’il y a quelque chose de planté dans la plaie, ne touchez à rien.


3) Une personne qui fait un malaise : tout état différent de son état habituel peut être considéré comme un malaise. Mettez la victime dans la position la plus confortable pour elle, et posez lui des questions afin de rechercher une cause : « prends-tu des médicaments ? « , « es-tu malade ? », « As-tu fait du sport ? » « As-tu mangé récemment ? » « Es-tu plus fatigué que d’habitude ? » Soyez rassurant et ne forcez pas la victime à vous répondre. Prévenez les secours et donnez un max d’info sur la personne.


4) Une personne qui convulse : une personne présentant des convulsions ne DOIT PAS être touchée. Ne tentez jamais de la retenir. Écartez tout objet potentiellement dangereux autour d’elle, et prévenez les secours. Ne vous avancez pas sur ses symptômes, les convulsions ne sont pas liées qu’à l’épilepsie.

Qu’est-ce que ce métier t’a apporté ?

Ce travail m’a apporté beaucoup de confiance en moi. Gérer la détresse d’une personne n’est possible que si l’on a confiance et que l’on croit en ce que l’on fait ! Ce travail apporte un vrai sens à ma vie. 

Quelles sont les qualités à avoir pour devenir sapeur-pompier ?

Il faut aimer le sport et les gens ! Ne pas avoir peur de la vie en caserne et être prêt(e) à affronter des situations totalement inédites et d’y faire face.

Pouvoir se remettre en question, être autonome, curieux et très rigoureux. Gardez le sourire et soyez d’une nature optimiste, je pense que ça peut aider.

ATTENTION : n’ayez pas peur d’être sensible, mais contrôlez-le tout simplement. Personne ne me fera croire que ma sensibilité est une faiblesse, alors je veux que vous soyez convaincu que ce sera votre force ! Cela ne signifie pas pleurer en intervention, mais être sensible vous donne accès à l’empathie, la douceur et le courage.

La question que tout le monde se pose :

les pompiers fument-t’ils réellement comme des pompiers ?

« Fumer comme un pompier » ne signifie pas que les pompiers fument beaucoup. Autrefois les pompier avaient des tenus de feu en cuire qu’ils ciraient. Lorsqu’ils sortaient de l’incendie avec la différence de température la tenue fumait énormément. D’où l’expression ! Mais les pompiers ne sont pas si nombreux à fumer. 

You Might Also Like

Leave a Reply